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NK

Naren Keita

Université Laval
Survie et croissance végétative des boutures de Salix sous divers régimes hydriques dans une perspective plus large de stabilisation naturelle des berges.

Naren Keita, Monique Poulin et André Évette

Les milieux riverains sont des écotones entre les milieux terrestres et aquatiques et sont reconnus pour leurs nombreux services écologiques comme la connectivité des paysages et la filtration des eaux de surface. Ces milieux sont soumis à la dynamique hydrogéomorphologique des cours d’eau qui entraine un processus d’érosion des berges auquel les communautés végétales sont adaptées. Cependant, des interventions humaines sont nécessaires lorsque cette érosion menace les infrastructures adjacentes comme les routes et les constructions domiciliaires. Dans ces conditions, la stabilisation de berge à l’aide du génie végétal est une solution intéressante par rapport au génie civil, notamment en regard d’une naturalité accrue après instauration des ouvrages de stabilisation par les plantes.

Les saules (Salix) sont abondants en milieu riverain et reconnus comme des plantes contribuant à la stabilité des sols. Également, leur capacité à bouturer facilement, leur croissance rapide, leur résistance aux conditions anoxiques et aux bris mécaniques en font une cible de choix pour la stabilisation des berges. L’utilisation des saules dans les ouvrages pourrait également permettre le retour d’espèces typiques des milieux riverains. Toutefois, les ouvrages de stabilisation sont soumis à une large variation de régimes hydriques, pouvant être un facteur limitant l’établissement des espèces ayant une faible adaptation aux stress hydriques d’inondation (en crue) et de sècheresse (en étiage). Les connaissances sont limitées au Québec quant à la capacité des saules à résister au stress hydrique.

Quelques études réalisées en France ont permis de déterminer l’effet de la variation hydrique sur la croissance de quelques espèces locale de saules. Ces études ont montré que l’anoxie due à l’inondation (fréquente en bas de talus) compromettait la croissance des racines, alors que les conditions de sècheresse (hauts de talus) entrainaient une réduction de la biomasse aérienne. Ces deux stress ont généralement été évalués individuellement et très peu d’études se sont intéressées à la synergie entre les deux au sein d’un même dispositif expérimental. De plus, le génie végétal ayant principalement été développé en Europe, les connaissances sur la capacité de croissance des espèces indigènes au Québec sont limitées. Ce projet vise donc à enrichir les connaissances sur le développement végétatif du Salix discolor, S. eriocephala et S. interior soumis à différents stress hydriques, afin de mieux comprendre leur utilisation dans des ouvrages de génie végétal.

Au total, 108 boutures de saules appartenant aux trois espèces les plus utilisées dans les ouvrages de génie végétal ont été récoltées et ont subi différents traitements d’arrosage lors d’expérience en serre. Bien que les trois espèces aient présenté un fort taux de reprise, S. eriocephala a montré une tolérance globale supérieure sous les trois régimes hydriques testés. Cette espèce a été la plus performante pour toutes les variables de croissance végétative considérée. Le S.eriocephala présente un excellent potentiel de production végétative et représente une espèce pouvant s’adapter à des conditions variables auxquelles sont soumis les ouvrages de génie végétal pour la stabilisation des berges.